Je suis née à Montréal, juste de l’autre côté de la grande flaque.
Abandonnée à la naissance pour être placée dans un orphelinat, j’ai été adoptée 10 mois plus tard.
La séparation prématurée de la mère, est responsable de troubles graves de l’attachement qui évoluent dans le temps : manque de confiance en soi, peur de l’abandon, troubles et comportements addictifs, etc….
Cela étant, n’est-ce pas une première miséricorde que le Seigneur m’a faite en me donnant des parents adoptifs extraordinaires ?
Naissance
On ne discerne pas la présence de Dieu au moment où elle est avec nous, mais seulement après, dans la relecture.
Dieu vient toujours incognito, en silence, mais de façon constante et infaillible !
Petit à petit, sa miséricorde m’est apparue comme une lumière qui n’a jamais cessé de croître.
Je voudrais, vous partager cette puissante expérience de la miséricorde Divine, qui m’a rejoint au plus profond de mon cœur. Si je vous fais ce témoignage, c’est que les grâces des uns peuvent servir aux autres.
Blessure primitive
Bien des années plus tard, au moment où je faisais face à de graves problèmes au sein de mon couple, ces blessures de l’enfance sont venues paralyser ma vie. Petit à petit, de façon très sournoise, je m’enfonçais dans un puits ; celui de l’addiction à l’alcool, par lequel Satan attaque l’espérance des êtres fragilisés. Mon quotidien est alors devenu un dur combat contre moi-même !
L’engrenage pouvait bien devenir mortel, je ne voyais que cette issue.
J’alternais entre la tentation de commettre l’irréparable et le désir de me battre.
Un médecin m’apprenait alors que mes problèmes provenaient du traumatisme vécu à ma naissance. Ma vie était un enfer : tristesse, dégoût, désespoir, découragement.
De toutes mes forces je cherchais cette fontaine d’eau vive que je pensais avoir perdue, sans savoir que je n’étais pas seule à lutter.
Expérience de la présence de Dieu
C’est durant la messe, un jour, que sa présence aimante s’est fait ressentir.
Présence divine intérieure, bonheur impossible indicible. Expérience unique du Christ présent dans l’Eucharistie.
Je cherchais à visualiser cette main divine que je ne ressentais pas mais dont je connaissais l’existence.
C’est dans cette paix que le Seigneur me maintenait à chaque messe, et de plus belle pendant l’adoration du Saint Sacrement ! Je trouvais un intérêt pour tous les livres et enseignements religieux, j’étais attirée par les lieux de silence, les retraites spirituelles. Chacune des pages d’Évangile me parlait directement.
Il me semblait aussi que toutes les homélies m’étaient directement adressées.
Malheureusement, mon naturel impétueux a vite repris le dessus et mes penchants humains n’en ont pas été changés pour autant.
Combat
À l’exemple de saint Paul et de la vie des saints, j’ai été encouragée à me battre contre moi-même.
J’ai eu la certitude d’avoir à ma portée une grande chance de m’en sortir : « Seigneur, ta grâce me suffit ! »
Chaque jour, dans ma prière, le plus souvent dans une église, je confiais cette blessure primitive à l’inventeur de l’Amour.
En Isaïe 49, 8-15 je trouvais une parole libératrice : « Une femme peut-elle oublier son enfant, et n’avoir pas pitié du fils de ses entrailles ? Mais quand elle l’oublierait, moi je ne t’oublierai pas, dit le Seigneur tout-puissant ».
Au fond de moi, je ne voulais pas accepter cette fatalité : « enfant adopté : adulte blessé » !
Une évidence ne me quittait plus : celle que le vrai médecin, celui qui a inventé la paternité et la maternité, peut me guider vers les bonnes personnes pour me guérir avec des moyens humains.
Rien n’était gagné ! le tentateur connaissait bien mes failles et il m’attaquait par tous les moyens ; ayant perdue toute confiance en mes propres forces, la foi seule, devenait mon soutien et le fondement de ma confiance toute en Dieu. Je misais désormais tout sur Lui.
Hélas, quelques temps après, le Seigneur semblait s’être retiré. Je n’avais même plus de consolations sensibles.
Raison de plus pour continuer le combat.
Acte d’abandon
N’en pouvant plus, je me suis résolue à ne pas attendre d’être guérie pour m’approcher de Dieu. Après tout, Jésus n’est pas venu pour les biens portants !
Je me disais :
« Oui Seigneur, je veux prendre la route avec toi et pour toujours. Tout mon être te réclame, mais j’ai peur Jésus, que tu passes ton chemin. Surtout ne pas te quitter des yeux ! ».
Je posais des mots concrets sur la maladie de mon âme : « la nostalgie de Dieu » sonnait mieux à mon cœur que le diagnostic de mon psy qui me parlait de trouble de l’attachement, de sevrage maternel non achevé.
Dieu se révélait à nouveau à mon cœur tout cassé.
J’expérimentais alors qu’on ne tombe pas amoureux de Dieu, à moins d’une grâce spéciale, mais qu’il faut apprendre à l’aimer. Je m’encourageais :
« Élève ton cœur, crie, patience, persévérance ! fréquente sa Présence, les sacrements, la messe ! remplis toi de ce qui assouvira vraiment ta soif ! approche toi de Dieu en y mettant tout ton cœur en vérité et sincérité. Même si c ‘est difficile de s’abandonner dans les bras miséricordieux du Père, courage ».
Le chemin de la guérison a été long et laborieux. Éprouvant également pour mes parents qui ont toujours été présents et compréhensifs.
Avant de me sentir guérie, je me suis sentie sauvée, délivrée de mes peurs, de mes angoisses, de ma culpabilité, arrachée à cette mort psychique à laquelle je me sentais jusque-là entraînée !
Peu à peu, je me suis sentie vraiment revivre, reprendre vaillamment la route, celle qui mène à la Lumière de Dieu.
La miséricorde dans ma vie
La miséricorde, c’est se retrousser les manches et se mettre au travail. Ne pas seulement laisser faire Dieu.
La miséricorde c’est cette puissance qui m’a fait sortir de moi-même pour apprivoiser ma croix.
La bonté de Dieu, c’est cette force qui m’a fait tenir debout, qui a enlevé la mélancolie de mon cœur et mes idées négatives.
Après une relecture attentive de ce passage douloureux de ma vie, je proclame que le Christ habite de sa présence toute souffrance. J’ai la certitude que tous mes actes de foi, jour après jour, ont contribué à ouvrir ma porte à Jésus.
J’ai longtemps été éloignée de ma famille, une distance douloureuse qu’il me faut nommer pour que l’on comprenne le poids de l’épreuve. Mais la miséricorde de Dieu prend tout en charge; sa bonté sait tout adoucir et transformer.
Jésus est mort pour que nous soyons guéris du mal qui nous oppresse, du vice qui nous tient et des mauvaises habitudes qui refusent de partir.
Les fruits de la miséricorde de Dieu
Dans sa pitié, Dieu a permis que je trouve un équilibre au milieu des turbulences qui bouillonnent autour de moi. Rien n’est simple, mais je me sens en paix, profondément en paix et je n’ai plus peur de rien.
J’éprouve, au plus profond de moi, la puissance de l’Eucharistie qui opèrent des miracles continuels, toujours en silence.
Les bienfaits de Dieu dans ma vie me donnent le goût de tout ce qui vient d’en haut, le désir de faire connaître sa bonté sans mesure, l’envie de rendre grâce et de le louer sans cesse, et de tout mon cœur.
J’ai compris que le vrai bonheur vient de Dieu.
Je me sens plus confiante dans la providence, comptant moins sur mes propres forces, puisque j’ai eu la preuve qu’elles étaient secondaires.
Plus les choses me paraissent désespérées et plus j’espère.
J’ai l’absolue certitude que je suis aimée de Dieu, ce sentiment est venu balayer la blessure de mon abandon et de mon addiction à l’alcool.
Comment ne pas exprimer ma profonde gratitude envers l’association Alcool Assistance de Montpellier ? Ses membres ont été les mains tendues par lesquelles Dieu m’agrippait pour me relever, tout particulièrement Michèle C.
Ma reconnaissance va aussi au parcours Alpha du centre œcuménique de Jacou (34) et à ma communauté Vie Chrétienne (CVX). C’est au cœur de ces fraternités, dans l’écoute et le discernement, que ma foi s’est fortifiée.
Désormais, l’oraison, quotidienne, fidèle, et la relecture de vie avec la CVX est une respiration de chaque instant, la preuve éclatante que la miséricorde de Dieu est à l’œuvre chaque jour.

Merci Seigneur, ta présence éclaire ma vie et lui donne tout son sens !
Je bénie l’épreuve qui m’a permis de connaître une si puissante Lumière, car ta force et ton feu, mon Dieu, dépassent toutes les épreuves ici-bas.
AMEN
Françoise
Jeudi 17 mars 2016
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